Dépit ou « en dépit de » ? Le chagrin vexé et la préposition
Le dépit est un chagrin mêlé de colère, causé par une déception ou une blessure d'amour-propre ; la locution « en dépit de » signifie « malgré ».
Le dépit est un sentiment précis : ni la colère franche ni la tristesse, mais une amertume vexée. On l'éprouve quand on est déçu et un peu humilié à la fois. Agir « par dépit », c'est souvent faire exactement ce qu'on regrettera ensuite.
- Chagrin mêlé d'irritation. *Il a quitté la salle avec dépit.*
- Par dépit : sous l'effet de la vexation. *Elle a démissionné par dépit.*
- En dépit de : malgré. *En dépit de la pluie, la fête a eu lieu.*
- Dépit amoureux : jalousie d'amoureux éconduit. *Molière en a fait le titre d'une comédie.*
Formes et famille
| Forme | Mot | Remarque |
|---|---|---|
| Nom masculin | le dépit | rarement au pluriel |
| Adjectif | dépité, dépitée | déçu et vexé |
| Locution | en dépit de | = malgré |
| Locution | en dépit du bon sens | n'importe comment |
| Verbe (vieilli) | dépiter | contrarier |
Phrases d'exemple
- Il a vendu sa maison en dépit du bon sens.Locution figée : de façon absurde, sans réfléchir.
- Dépitée, elle a raccroché sans un mot.Adjectif en apposition, registre courant.
- Il a épousé sa voisine par dépit, après la rupture.Nuance d'acte irréfléchi et revanchard.
Un cousin anglais
« Dépit » vient du latin *despectus*, « mépris », de *despicere*, « regarder de haut ». L'ancien français *despit* signifiait d'abord « mépris, outrage ». C'est ce même mot que l'anglais a emprunté au Moyen Âge pour en faire *despite*, « malgré ». Le français moderne a gardé l'idée de vexation, l'anglais celle d'opposition. Le mépris vient d'une autre racine, mais l'idée de départ était la même.
« Malgré » ou « en dépit de » ?
Ils sont synonymes ; « en dépit de » est un peu plus soutenu et insiste sur l'obstacle surmonté.
Dépit et déception, est-ce pareil ?
La déception est simple tristesse devant une attente trompée ; le dépit y ajoute la vexation et une pointe de rancune.